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05/08/2018

Le flan à la vanille

J'ai soigné mon entourage : ma famille, passe encore, mais, ce qui plus rédhibitoire, mes amis.

Ma famille passe encore, j'ai toujours eu une certaine méfiance vis à vis des qualités professionnelles  de mes confrères. Quand au secret médical, quoi que l'on dise, il n'existe pas.

Ce serait à refaire, je ne le ferait plus et, d'ailleurs, je ne le conseille pas.

Au début de mon installation, j'ai donc soigné la grand-mère de mon beau frère.

Elle avait quatre vingt cinq ans. A son âge, elle faisait ses courses le matin et, ensuite, faisait sa cuisine.

Elle était fleuriste et son magasin était dans sa maison. Sa maison jouxtait le cimetière.

Sa meilleure copine était gazonière (elle entretenait les tombeaux). Elle se disputaient parfois violemment mais se rabibochaient tout temps.

C'était une femme droite et brut de décoffrage. C'était une femme de devoir. Il faut dire qu'elle avait eu une enfance rude. En effet elle était la deuxième d'une fratrie de 9 enfants. L’aîné étant un garçon, Ce fût elle qui éleva ses frères et sœurs, comme c'était le cas, à l'époque, dans le milieu ouvriers.

En tout début de mon installation, je soignai donc, elle qui n'avait jamais été malade et n'avait jamais vu de médecin.

Un jour, elle fut prise d'une Hémoptysie (elle cracha du sang).

Une Hémoptysie a comme étiologie deux affections : la Tuberculose et le Cancer du poumon.

Comme elle n'avait jamais fumé et avait fait, dans sa jeunesse, une primo infection tuberculeuse (un début de Tuberculose spontanément résolutif) le correspondant interniste à qui je l'adressai la traita pour une Tuberculose d'autant que l'image radiologique pouvait être évocatrice.

Le traitement par antibiotique de la Tuberculose est très long, il dure six mois.

Au bout de trois mois de traitement sans résultat, une radio des poumons montra une grosse "pêche". C'était un Cancer du poumon.

Rapidement, elle développa des métastases osseuse. Ce type de métastases est particulièrement douloureux. Elle fut donc mises sous morphine. Elle eut, alors des hallucinations dues à la morphine. Elle voyait, à la fenêtre, son mari décédé depuis longtemps d'un Cancer de l'Œsophage.

Devant l'aggravation de son état, elle fut hospitalisée et développa, très rapidement, des escarres talonnières.

Deux jours avant sa mort, elle me dit, heureuse : "A midi, j'ai mangé un flan à la vanille, qu'est-ce qu'il était bon".

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