12/07/2026
L’essentiel né du superflu - Suite – Stage en Neuroradiologie et découverte de la littérature

Dans cet article je vais évoquer un souvenir de jeunesse qui m’a été inspiré par mon dernier article sur la découverte du scanner, né grâce à l’argent de la vente des disques des Beatles. En fait un article culturel : «Un peu de culture ne nuit pas, cela évite de mourir idiot... et de passer pour un sot».
Dans mon article du 11/07/2026 : « L’essentiel né du superflu », je raconte comment le scanner ou TDM (Tomodensitométrie), est né grâce à l’argent récolté par EMI par la vente des disques des Beatles.
Je me souviens, au début de mes études, dans les années 70, d’être passé dans le service de neuroradiologie du CHU où était installé le deuxième scanner cérébral de France.
Il tombait souvent en panne et le technicien venait très souvent dépanner la bête.
Avant le scanner, pour dépister les tumeurs cérébrales on injectait un produit opaque aux rayons X dans les artères cérébrales (l’injection se faisait dans les carotides), c’est ce que l’on appelle une artériographie. En effet, les artères contournaient les tumeurs, les dessinant ainsi sur les radiographies.
Le scanner étant toujours à l’étude dans certains cas on pratiquait encore des artériographies.
Par un matin (les stages se déroulaient le matin, l’après-midi étant réservé aux cours magistraux et aux travaux pratiques). Un matin donc, à l’induction anesthésique, avant le début de l’artériographie, le malade allongé sur la table d’intervention décéda.
Je vis alors une chose étrange.
Le chef du service de neuroradiologie arpentait le couloir de son service l’air troublé.
Puis, brutalement, il débarqua dans la salle d’examen où était mort le patient et il nous dit :
« Je vous conseille de lire le livre de Céline : voyage au bout de la nuit ».
Je l’achetai, mais c’était un gros pavé : je ne le lus pas et le rangeai. Il faut dire, qu’à l‘époque, je lisais peu, mon temps étant pris pour les lectures médicales que nécessitaient les études, captivantes certes, mais envahissantes.
Il faut dire, aussi, que la littérature ne faisait pas partie de ma « tasse de thé », c’est le moins qu ‘on puisse dire. Ma notre au BAC de français dit tout : 6 !
J’ai découvert plus tard la vraie littérature, la bonne. Je commençais par Maupassant. J’ai acheté les deux tomes dans la collection Bouquins (Robert Laffont) et je les ai dévorés en entier. Un régal : une description visuelle de situations de vie, dans toute son horreur, et de la nature humaine dans ce qu‘elle peut avoir de plus sombre. Un style simple, efficace et pertinent.
Puis je m’attaquais au livre que j’avais mis de côté, le livre de Céline : « Voyage au bout de la nuit », le Voyage comme disent les snobs.
Un style bien plus percutant que celui de Maupassant. Un style de révolte, un cri !
Là aussi, du réalisme, la médecine dans tout ce qu‘elle peut avoir de noir. La vie dans son réalisme le plus affreux.
Un peu plus tard, dans le livre de poche, j’ai acheté et dévoré sa thèse sur la vie d’un médecin obstétricien Ignace Semmelweis qui, en pratiquant l’asepsie (en se lavant les mains avant de pratiquer les accouchements), a résolu le problème de la fièvre puerpérale. Une thèse littéraire (eh oui, les thèses, pour le doctorat en médecine, peuvent, aussi, être des thèses littéraires).
C’est, ainsi, lors d’un stage hospitalier, dans le service de neuroradiologie doté, depuis peu, du second scanner cérébral de France, du décès d’un patient lors d’une artériographie, du comportement et du conseil littéraire que, plus tard, je découvris la littérature, la vraie, et ce qu‘est vraiment un style littéraire.
Un court extrait de l'entretien accordé à Louis Pauwels pour l'émission « En français dans le texte », réalisée peu avant la mort de Céline, le 1er juillet 1961. Il y évoque, notamment le style littéraire.
Louis Ferdinand Céline - Interview TV 1961 (extraits) – Celinelao
P. -S. :
Louis-Ferdinand Céline (de son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches), Céline en abrégé, a beaucoup été critiqué pour ses propos antisémites, pour le moins discutables. À sa décharge, il faut se replacer dans le contexte de l’époque. On peut être un génie et commettre des erreurs.
P. -S. :
La cause du décès de Céline est due à la rupture d'un anévrisme de l'aorte, entraînant une hémorragie interne brutale. Aujourd’hui, peut-être avec le scanner et le SAMU, il n’aurait pas succombé à son anévrisme.
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