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09/10/2013

Bricolage à l’Hôpital

Crédit Photo : http://www.pro-facility-services.fr/


C’est une sympathique patiente, la soixantaine, suivie et traitée actuellement pour un cancer du sein dans le centre régional de lutte contre le cancer qui, subitement, est atteinte, dans le centre même, d’une dyspnée (essoufflement) très importante. Une suspicion d’embolie pulmonaire est portée d’emblée. Dans la foulée sont pratiquée bilan biologique, radio des poumons, scanner, IRM, qui ne confirment pas le diagnostic.

Après une semaine d’hospitalisation, la patiente ressort sans diagnostic, sans dyspnée mais toujours avec ses douleurs.

A l’arrivée à ma consultation, après qu’elle m’eut racontée par le menu ses péripéties hospitalières Je l’interroge.

Elle me raconte alors que tout a commencé quand elle a ressentie une vive douleur en s’appuyant violemment contre un cercueil de congélateur dans une grande surface pour attraper une poche de légumes congelés dans l’intention se faire une soupe.

Cela se mit à sentir furieusement la fracture de côte. Une fracture de côte toute simple. Une banale fracture de côte (enfin banale...).

Fallait-il faire tout ces examens pour une banale fracture de côte ?

Certes une Embolie Pulmonaire est une urgence médicale grave, c'est une urgence vitale : Aphorisme médical : "Le malade se lève pousse un cri et meurt".

C'est évident qu'il fallait le faire, MAIS... L'urgence vitale évitée, peut être eut-il été utile de pousser un tout petit peu plus loin les investigations.

L’interrogatoire terminé, je demandais une radio du grill costal et une échographie chondrale.

La radio confirma mon diagnostic de fracture de côte.

Combien coûte un scanner et une IRM ?

Certes une Embolie Pulmonaire est une urgence médicale grave. D’autant plus que les cancers augmentent le risque de former des embolies…

Je ferais mieux de me taire puisque de toutes les façons ces examens étaient absolument indispensables devant la suspicion d'une embolie pulmonaire.

Cependant, on peut se poser la question de savoir si cette patiente a été interrogée correctement dans ce centre référent.

L'Intérêt d'un vrai diagnostic repose sur le fait que l'on peut avoir une bonne attitude thérapeutique. En l’occurrence, pour qu'une fracture de  côte, chez une femme ménopausée, survienne lors d'un traumatisme pas si violent que ça (comme une fracture du poignet, fracture de Pouteau-Colles) signe certainement une ostéoporose et si l'on ne fait rien cela débouchera de façon quasi certaine sur un ou des tassements vertébraux.

Cela commence à sentir, quand même, un peu, maintenant, l'urgence passée, à médecin bricolo bricole à l'hôpital.

Une vertèbre tassée ne repousse jamais. (Proverbe Chinois).

Avec tous les coups durs qui lui sont arrivés dans la vie, son cancer n'en est que la cerise sur le gâteau, cette patiente manipule avec art l’humour noir. Avec un peu d’habileté un médecin, tant soi peu entrainé, aurait pu connaitre l’histoire de la patiente au cancer du sein cognant dans un cercueil.

La connaissant comme je la connais, elle apprécierait à sa juste valeur cet humour « un peu » déjanté

J’ai remarqué, dans mon exercice professionnel, que, très souvent, les gens matraqués par la vie manipulent, en général, fort bien l’humour noir.